Photographier sur le  » nu »

Joana Choumali: «Pourquoi j’expose sur les femmes nues»

Spécialiste en photographie d’art et de documentaire, l’ivoirienne Joana Choumali a exposé sa série intitulée ‘’Emotions à nu’’ lors de la 3ème édition du festival de promotion de la femme africaine ‘’Afriky Mousso’’ au Palais de la culture de Treichville. Dans cet entretien, l’artiste, professionnelle depuis 1999, s’est penchée sur le phénomène de dépigmentation de la peau, le métier de photographie et de l’intérêt croissant des populations pour les œuvres d’art visuels…

La photographie d’art est-elle une forme que vous avez choisie, ou bien s’est-elle  imposée à vous ? Et qu’est ce qui vous différencie des autres artistes ?

J’ai choisi la photographie d’Art. J’avais un besoin d’exprimer certaines notions et explorer certains questionnements que j’avais envers moi-même et envers la société dans laquelle je vis. Et j’ai trouvé que la photographie d’art me permettait de mieux exprimer mes ressentiments. Ce qui revient souvent dans les critiques positives de mon travail, c’est qu’il y a une certaine émotion qui se dégage de mon travail. Je suis une personne extrêmement sensible.

Lors de la 3ème édition du Festival d’Afriky Mousso (du 30 mars au 01 Avril Ndlr), vous avez décidé d’exposer sur le thème  ‘‘Emotions à nu’’, qui met en exergue des photos de femmes noires et nues. Comment s’est fait le choix de cette série de photos ?

C’est une série que j’ai entamée depuis 2012. Elle est presqu’inédite puisqu’elle a été exposée qu’une seule fois. J’ai voulu faire une série de portraits sans visage de femmes qui parleraient à travers leur corps, leur expression physique, leurs différents muscles et les postures qu’elles pourraient avoir pour représenter chacune une émotion et le chemin vers la sérénité. C’est une série de 25 images et chacune représente une étape du passage d’un choc émotionnel à la sérénité et à la guérison. La sensualité vient sur cette pose. Mais ce n’était pas une série de photos érotiques. C’est juste pour montrer que le corps parle avant que la parole ne se dévoile. Chaque image représente un état d’esprit. Et le corps des femmes qui posent sont un moyen d’expression. Les photos sont en noirs et blancs et traitées de cette manière pour s’éloigner des préjugés sexuels ou se dire que ce qui est beau est forcément esthétique dans le sens académique des termes.

Mais pourtant certaines femmes sont complexées par rapports à d’autres qui ont des physiques de rêve…

Non, nos différences physiques ne devraient pas être un complexe. J’ai photographié une femme qui est très grosse. Elle a accepté de poser pour représenter justement le fait que les femmes sont toutes belles. Elles ont toutes quelque chose à dire. Elles sont toutes égales. Etre mince, grosse et avoir certains défauts n’est pas quelque chose qui devrait être mis en exergue. Une femme est d’abord un être humain qui exprime ses émotions et ses sentiments, quelle que soit sa silhouette. Je vois la beauté partout chez tout le monde. Il y a toujours quelque chose de bon en chacun de nous. Car pour moi l’extérieur n’est pas le signe de ce qui se passe à l’intérieur. Avec le projet ‘‘Emotions à nu’’, je soulève aussi le problème de la couleur de la peau. Car beaucoup de femmes au teint noir se disent que si elles avaient été claires, elles auraient eu plus de charme.

Pour vous qui exercez ce métier depuis longtemps, pouvez-vous affirmer que la photographie nourrit son Homme ? Et quel regard jetez-vous sur ce métier en Côte d’Ivoire?

La photographie nourrit son homme. Il faut juste faire preuve d’organisation et faire certains sacrifices si bien au plan financier qu’au plan social. Il faut travailler énormément et rester concentré sur son but. C’est un appel que je lance aux jeunes femmes. Car beaucoup trouvent que c’est un métier d’homme. Elles doivent se dire que c’est une profession qu’on peut exercer même étant épouse ou mère de famille. Je suis mariée et mère de deux enfants. Cela ne m’a pas empêché d’assurer au niveau de ma vie de famille et ma vie professionnelle. Je veux faire disparaître l’idée que c’est un métier d’homme. Nous avons toujours eu de très bon photographe en Côte d’Ivoire. La photographie des années 60 et 70 a été très développée ici. Mais elle a encore beaucoup de chemin à parcourir. C’est un domaine en plein essor. A l’international, il y a un grand intérêt pour la photographie Africaine. J’encourage les jeunes à s’investir dans cette branche. Parce qu’on a tellement de choses à dire pas seulement au niveau de la photographie, mais aussi au niveau de l’art contemporain et de la culture en général, qui doit être développé dans nos pays africains. En Côte d’ivoire, nous avons la chance d’avoir une diversité de cultures et de langues. Et notre patrimoine culturel est extrêmement riche. Il y a tellement de choses à développer. J’encourage mes sœurs ivoiriennes à se jeter à l’eau pour exprimer ce qu’elles ressentent. Et qu’elles ne s’arrêtent pas aux préjugés et aux obstacles. (…) Donc, oui un photographe professionnel pourra toujours s’en sortir tant que le travail est acharné et pris au sérieux.

Néanmoins, il n’est pas exclu que vous rencontrez des difficultés ?

Le problème avec ce métier, tout comme  d’autres métiers d’arts visuels, est qu’il ne présente aucune garantie. Vous n’êtes pas sûr que le projet va porter. Ce n’est pas un travail tangible ou mathématique. Vous êtes dans l’incertitude. Il faut avoir une passion et une foi très développé pour pouvoir avancer dans ce milieu.

Partagez-vous l’avis de ceux qui prétendent que les œuvres d’arts n’intéressent qu’une certaine frange de la population plus aisée ?

C’est un préjugé. C’est une idée qui a la peau dure et qui s’est forgée au fil du temps. Heureusement que les choses sont en train de changer. On remarque que l’art descend dans la rue. Beaucoup de personnes, même moins nanties, ont la possibilité d’avoir accès à certaines œuvres d’art ou des expositions gratuites. Il y a la Fondation Donwahi qui fait régulièrement des vernissages ouverts au public. Et dans la jeune génération, il y a certains issus de milieux défavorisés, qui sont les bienvenus dans les expositions. J’ai été émue de voir, lors du Festival N’Zassa, la longue file de jeunes de Treichville déterminés à aller voir les expositions du festival. Aujourd’hui, quel que soit votre milieu social, tout le monde a la possibilité d’avoir accès à l’art à travers internet. Pour voir tout ce qui se passe dans le monde entier. C’est vrai que les tableaux coûtent chers, mais ce qui est beau dans l’art, c’est de pouvoir en visualiser et profiter sans débourser un centime. C’est une richesse de pouvoir enrichir son esprit à travers les œuvres d’art.

Siamlo Victoria

starcoastblog

Spécialiste en photographie d’art et de documentaire, l’ivoirienne Joana Choumali a exposé sa série intitulée ‘’Emotions à nu’’ lors de la 3ème édition du festival de promotion de la femme africaine ‘’Afriky Mousso’’ au Palais de la culture de Treichville. Dans cet entretien, l’artiste, professionnelle depuis 1999, s’est penchée sur le phénomène de dépigmentation de la peau, le métier de photographie et de l’intérêt croissant des populations pour les œuvres d’art visuels…

La photographie d’art est-elle une forme que vous avez choisie, ou bien s’est-elle  imposée à vous ? Et qu’est ce qui vous différencie des autres artistes ?

J’ai choisi la photographie d’Art. J’avais un besoin d’exprimer certaines notions et explorer certains questionnements que j’avais envers moi-même et envers la société dans laquelle je vis. Et j’ai trouvé que la photographie d’art me permettait de mieux exprimer mes ressentiments. Ce qui revient souvent dans les critiques positives de mon travail…

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