Une école atypique au cœur d’un quartier résidentiel Abidjanais

Abidjan, Riviera palmeraie ; à quelques encablures du carrefour Maci Canada de la célèbre rue Ministre, une cloche retentit. La minute d’après, des cris perçants d’enfants fendent le silence assourdissant et font disparaître instantanément le calme habituel de cette ruelle paisible.

D’où proviennent ces cris d’enfants dans ce quartier presque désert en ce jour ouvré ? L’interrogation est totale, la curiosité papable, le regard hasardeux, inquisiteur !

Un premier indice. Le drapeau tricolore, l’emblème de la Côte d’Ivoire, hissé sur un mât de bambou, flotte aux quatre vents, rivalisant d’ardeur avec les feuilles de manguiers et bananiers qui voltigent également à vive allure.

A mesure qu’on s’en approche, la clameur se fait précise. Tout d’un coup, un autre cri. Cette fois, d’un timbre différent : grave et menaçant !

« Monsieur Godé. Rétablissez de l’ordre et faites les entrer en classe !», martèle la voix.

Nul doute, c’est une école. Le mot classe, 2e indice, sonne le glas du mystère, mais l’intrigue demeure entière. Il faut franchir la porte pour assouvir ce désir brulant et tenace. Ça y est, c’est fait.

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L’unique porte d’accès à l’école primaire Epp Bananier-kro. Crédit photo : Jeff Amann

Derrière la porte crise ancrée dans un amas de briques noirâtres qui fait office de mur, le tableau est éloquent. Les élèves, reconnaissables de par leurs tenues, kaki pour les garçons et bleu-blanc carrelée pour les filles, tournent leurs regards vers l’unique entrée et sortie de l’enceinte. Le mouvement est synchronisé, l’image saisissante ! Les adultes ne sont pas en reste. Mais ils s’empressent de regagner les baraques qui leurs servent de salles de classes. Ils ne peuvent se permettre d’ignorer l’injonction de Hamed Sidibé, le fondateur de l’école.

Dans cette cour d’école à valeur de basse-cour, les poulets se précipitent dans l’arène à peine désertée par les enfants, pour se saisir des miettes afin de s’en délecter à l’ombre du feuillage luxuriant. Un bonheur qui profite également à Hamed Sidibé qui, depuis son bureau de fortune en plein air, explique son initiative de bénévole.

« J’ai démarré cette école par le bouche à oreille. J’ai demandé à une voisine de faire venir leurs enfants qui n’allaient pas à l’école pour que je les encadre, moyennant 1000 fancrs par enfants. Elle a adhéré à l’idée. La première année, 2011-2012, j’ai eu 20 enfants. Progressivement, je suis à environs 160 enfants cette année, répartis dans quatre classes. De la maternelle au CE », fait comprendre cet instituteur à la retraite qui s’est attaché les services de quatre enseignants.

Ce quartier…leur est préjudiciable ˮ

Du haut de ses 65 ans d’âge et 30 ans d’expérience dans l’Enseignement, ce nigérien d’origine malienne vit en Côte d’Ivoire depuis 17 ans.  Il s’est lancé de cette aventure pour aider ces enfants défavorisés qui n’ont pas accès à l’éducation en raison du standing du quartier qui les abrite.

« La Riviera palmeraie est un quartier résidentiel. La quasi-totalité des écoles sont privées et coûtent extrêmement chères pour ces gens. Vous imaginez 450 mille francs de frais de scolarité pour des personnes qui gagnent à peine 2000 francs par jour ! L’inscription au CP1 dans la seule école primaire publique (officiellement gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans) s’élève à 35 000 francs. 85 élèves au CP1. Même si vous avez les moyens, il n’y a pas suffisamment de places. Ce quartier permet à ces gens de survivre certes, mais le niveau de vie leurs est préjudiciable.», se désole le sexagénaire avant de confier à nouveau, tout excité et fier.

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Hamed Sidibé, fondateur de l’école, assis à son bureau. Crédit photo : Jeff Amann

« Chez moi, c’est 3500 francs par enfant chaque mois. Les mêmes enseignements, le même calendrier : 3500 francs, avec possibilité d’échelonnement. Malgré cela, les parents ont du mal à solder. C’est difficile. Je ne bénéficie d’aucune aide extérieure. Pourtant ce ne sont pas les visites des ONG qui manquent. Mais les promesses sont sans suite. Il en est de même pour les démarches auprès des organismes spécialisés. Rien ! », soupire le cavalier servant.

Résolu à mener à bien ce projet d’aide aux enfants des familles défavorisées de la Riviera palmeraie, il travaille à la reconnaissance de son école, Epp Bananierkro (village de bananiers), avec statut d’ONG, sous le sigle SAAPE. Autrement dit, Structure d’Accueil et d’Appui à la Promotion de l’Éducation.

Mais avant cette consécration, Hamed Sidibé continue de donner de l’espoir à ces familles désœuvrées, en offrant à leurs enfants, un ticket pour la vie.

Un article de

Enfants d'Afrique

Abidjan, Riviera palmeraie ; à quelques encablures du carrefour Maci Canada de la célèbre rue Ministre, une cloche retentit. La minute d’après, des cris perçants d’enfants fendent le silence assourdissant et font disparaître instantanément le calme habituel de cette ruelle paisible.

D’où proviennent ces cris d’enfants dans ce quartier presque désert en ce jour ouvré ? L’interrogation est totale, la curiosité papable, le regard hasardeux, inquisiteur !

Un premier indice. Le drapeau tricolore, l’emblème de la Côte d’Ivoire, hissé sur un mât de bambou, flotte aux quatre vents, rivalisant d’ardeur avec les feuilles de manguiers et bananiers qui voltigent également à vive allure.

A mesure qu’on s’en approche, la clameur se fait précise. Tout d’un coup, un autre cri. Cette fois, d’un timbre différent : grave et menaçant !

« Monsieur Godé. Rétablissez de l’ordre et faites les entrer en classe !», martèle la voix.

Nul doute, c’est une école…

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