Grainothèque : et votre bibliothèque de semences agricoles naquit !

A l’occasion de la Journée Mondiale de l’environnement célébrée le 5 Juin, nous poursuivons avec une série d’actions importantes à nos yeux. Cette fois, retour sur un jeune assez dynamique. Daniel Oulaï est l’initiateur de la grainothèque une bibliothèque de graines ou…disons bibliothèque de semences agricoles. Depuis un an, cette innovation assez particulière fait de ce jeune ivoirien, l’un des plus fertiles esprits d’entrepreneuriat. Vous allez comprendre pourquoi dans ce « questions-réponses ». Des liens vidéos également en appoint pour que vous en sachiez davantage sur cet homme qui reçoit pour l’occasion, le 3ème Prix Vert et premier prix dénommé prix de « l’Homme Vert » (euh … venant de Moi).

Présentez vous

Je suis Daniel Oulaï, Agroécologiste, blogueur-activiste Ivoirien et porteur de la start-up grainothèque.

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Vous êtes l’initiateur de la grainothèque, comment se porte le projet aujourd’hui ?

Lancé il y a à peine un an, cette initiative sociale intéresse plusieurs partenaires de développement et les agriculteurs paysans et paysannes. Depuis la divulgation de cette initiative, ces derniers sont impatients car ils pourront désormais troquer ou « emprunter » gratuitement des semences locales. Ils pourront également avoir accès à la documentation liée aux spéculations. Disons que depuis le lancement de ce projet, c’est aujourd’hui trois prix et plusieurs félicitations à notre actif, on peut s’estimer heureux du peu de chemin parcouru.

Quels sont les enjeux de la grainothèque pour l’agriculture ivoirienne, qu’apporte de plus votre projet ?

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L’enjeu majeur de la grainothèque en Côte d’Ivoire est qu’elle apporte des réponses concrètes à la préservation de la diversité génétique des plantes nourricières. Elle valorise  les variétés de semences locales, permettent aux acteurs de la chaîne de se documenter sur les pratiques et savoirs locaux liés aux semences et de les diffuser. La grainothèque met à disposition de ceux qui le souhaitent, des outils pour renforcer les capacités de production des agriculteurs paysans par le biais d’un système agricole intégré.

Pour la journée mondiale de l’environnement nous souhaitons revenir sur les défis que vous rencontrez dans la réalisation de vos objectifs ?

Nous faisons face à une avancée notoire d’un système agricole polluant  et imposé aux agriculteurs par une publicité agressive.  Ce système est aujourd’hui responsable de la disparition de prêt de 75% de la diversité génétique de plantes nourricières appauvrissant le panier des ménages et contribuant à la dégradation des sols ce qui crée une dépendance des paysans vis-à-vis des engrais de synthèse.

Dans notre volonté de  proposer aux agriculteurs une alternative crédible nous travaillons sur un projet de recherche qui vise à Restaurer durablement la productivité des sols par les champignons mycorhiziens à arbuscules (CMA).

Pensez-vous que les jeunes ivoiriens s’intéressent de plus en plus à l’agriculture ? Vous qui êtes jeune et dans le domaine, quels sont les obstacles qui justifient le désintérêt des jeunes et comment arriver à les combattre ?

L’intérêt pour une agriculture diversifiée génétiquement et biologiquement  va grandissant et de plus en plus les agriculteurs  se consacrent à la mise au point de procédés agricoles innovants. Les nouveaux acteurs  de l’agriculture paysanne se préparent à faire leur mue pour une transition écologique.  La grainothèque se présente comme une opportunité répondant aux besoins du marché. Le présent projet propose une approche qui combine plusieurs procédés durables visant à renforcer la compétitivité des exploitations agricoles et à proposer une alimentation saine et variée.

Vous savez, les jeunes qui vont à la terre y vont sans véritable expérience du secteur agricole et quand ils y vont,  ils tombent dans un cercle vicieux. Ce cercle vicieux est lié à l’usage des engrais de synthèse qui lessivent les sols et condamnent les cultivateurs à les utiliser indéfiniment. L’application répétée de ces  pesticides augmente la résistance des ravageurs au fil du temps, tandis que leurs effets nocifs sur d’autres espèces peuvent faciliter la résurgence des ravageurs. Plusieurs ne le savent pas, mais ces maux-là vont plus tard réduire considérablement la productibilité des sols. Alors, les jeunes producteurs qui n’ont qu’un seul choix vont s’endetter et ensuite échouer…

L’exode rurale ou l’immigration. Aujourd’hui plus de main d’œuvre dans nos zones de production. La seule alternative crédible est de valoriser le métier en dynamisant la chaîne de valeur agricole. Il faut tendre vers une agriculture écologique de précision. Ces jeunes ne demandent qu’un confort de travail et notre agriculture peut l’offrir si nous la repensons.

Qu’est ce qui explique votre engagement pour la cause agricole ? Pourquoi l’agro écologie est si importante pour vous ?

Notre engagement n’est pas lié à une question d’offre mais un problème de suivis, un  problème d’alimentation saine et un problème écologique. Vous savez, en Afrique, on aime la bonne bouffe. La diversité des mets proposés partout sur le continent est non seulement le reflet de sa richesse culinaire, agricole mais aussi de la diversité génétique des plantes nourricières (biodiversité).
Aussi étrange que cela puisse paraître, la famine décime encore des populations entières sur le continent, le panier des ménages s’appauvrit. Les causes sont multiples, guerres, mauvaise politique agricole, mauvaise gestion des ressources naturelles, usage de solution non durables et bien d’autres anomalies.

En 2050, l’Afrique aura le quart de la population mondiale, soit 2,5 milliards d’habitants. Le défi est colossal. 2,5 milliards de bouches à nourrir.  L’enjeu principal de cette Afrique émergente ne sera certainement pas à rechercher premièrement dans sa digitalisation, dans son électrification ou dans la densité de ses moyens de circulation. Mais elle le sera dans sa capacité à nourrir son peuple. 

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Alors pour la grainothèque il est important de proposer une politique géostratégique pour nourrir sainement cette nouvelle population et cela passe par une souveraineté semencière et alimentaire garante de la sécurité alimentaire des peuples. Notre diversité génétique des plantes est la clé de notre salubrité alimentaire et les semences de systèmes avec ces intrants qui inondent nos marchés représentent une pollution pour notre agriculture ainsi que pour la capacité de ceux que nous appelons petits paysans, à produire et nourrir sainement les populations.

Quel message souhaitez vous faire passer aux ivoiriens qui vont vous lire, et qui ne sont pas forcément impliqués dans les questions environnementales, je veux dire ces personnes qui ne maîtrisent pas forcément les enjeux de ce que vous faites et de la lutte pour une justice agro écologique ?

La faim a fait plus de victimes que les balles de kalachnikov dans la plupart des cas et la privatisation de l’agriculture fera encore plus de victimes. Prêtez l’oreille et écoutez la voix de l’agriculteur des champs, courbé sous le chaud soleil…. ‘’Pourquoi je sème et je ne récolte pas, pourquoi je récolte et je ne vends pas ? Pourquoi je vends et je n’obtiens rien… que des miettes ??’’ lui, c’est l’agricuteur du nord qui a perdu toute ces cultures de maïs à cause de la résistance du ravageur; lui c’est ce paysan de l’ouest qui sème le manioc et n’a pas de marché pour écouler sa récolte. Lui c’est ce paysan du sud qui utilise des semences de synthèse et obligé de s’endetter pour s’approvisionner en intrant, qui lessive son sol et l’oblige à utiliser des engrais chimiques indéfiniment.  ils n’ont ni religion ni parti politique. Ils produisent pour notre alimentation mais meurent de faim. C’est un paradoxe mais ce sont hélas, les vraies réalités de notre secteur agricole.

Il nous faut donc libéraliser l’agriculture pour garantir une alimentation saine et variée à tous. Il nous faut promouvoir une modèle agricole moins polluants si nous voulons nourrir les 23 000 000 habitants avec seulement 1 000 000 d’hectare de terres arabes. C’est possible, ils nous faut juste imiter la nature, valoriser les «bonnes bactéries» présentes dans le sol pour maximiser la production sans avoir recours à la chimie.

Quels sont vos modèles dans votre domaine ? Y a t’il des femmes ou des hommes qui vous boostent et vous accompagnent ?

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Le modèle le plus abouti de l’agroécologie en Afrique et qui me passionne c’est celui du Songhaï au Benin.  Songhaï est le nom d’une ferme bio fondée en 1985 à Porto-Novo au Bénin par un prêtre dominicain américain d’origine nigériane, Godfrey Nzamujo. Au départ, cette ferme ne dépassait pas un hectare (ha). Aujourd’hui, à voir les exploits de cette ferme sur ces 24 ha, Je ne peux que croire au potentiel Africain et me ressourcer.

A mi parcours, si l’on devait vous décerner le prix de l’homme vert, qu’est-ce que cela signifierait pour vous ?

La récompense n’est pas tant le salaire que la reconnaissance, mais le bonheur de voir sa communauté positivement transformée et de participer à la grande marche de l’Humanité. Mais dans cette lutte, les honneurs et les hommages sont des effets secondaires bien utiles, des étincelles qui disent que le feu qui nous anime est le bon. Le prix de l’homme vert, suis-je à la hauteur de ce prestigieux prix ? Ce que je puis dire c’est que cette reconnaissance va renforcer notre impact dans la communauté.

Alors c’est fait, la Muse D’Or vous décerne le Prix de L’Homme Vert pour l’idée de la Grainothèque assez originale. Votre projet fait la promotion du Reboisement qui est une valeur verte appréciée ! Et elle a su mettre en avant le retour à la lecture.

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*Le Prix vert est une initiative personnelle de Moi doté de trois reconnaissances: Le Prix de la Femme Verte, de l’Homme Vert et le Prix de l’Art Vert.

Le Premier Prix Vert, prix de la Femme Verte a été attribué à titre posthume à Wangari Muta Maathai .

Découvrez pourquoi Ici

Le deuxième Prix Vert, décerné encore à une Femme Verte décerné à Christiane Taubira.

Découvrez pourquoi Ici

Le 3ème Prix Vert décerné à Daniel Oulaï, initiateur de la Grainothèque. Pour l’instant ce prix offre un objet symbolique (livre, objet d’art ou tout ce qui est susceptible d’aider à faire propulser les travaux de l’heureux élu). Je ne plaisante pas.emotiicone Ce prix a de l’avenir et recompensera plustard de grandes figures du combat pour la protection de l’environnement.

Wait, and SEEemoticonee.

Propos recueillis par Siamlo Victoria

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